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Stratégie
Papier stratégique agréé par le Ministère de la Coopération Economique Allemand (BMZ)
Bonn, mai 2007

Introduction

Eléments de base par rapport à la situation dans les Pays des Grands Lacs Vision des partenaires congolais du SCP Quel apport des professionnel du SCP? Approches méthodologiques

Eléments de base par rapport à la situation dans les Pays des Grands Lacs

En RDC les quinze dernières années ont été marquées par la violence, les conflits armées et la non-existence de l’Etat. Les élections présidentielles, parlementaires et régionales en 2006, la mise en place d’un gouvernement et d’un parlement élus au niveau national ainsi que dans les provinces en 2007 ont suscité un espoir immense dans les populations qui espèrent un avenir paisible et stable. Mais les causes profondes des dernières guerres, de l’insécurité généralisée et de la culture de violence, notamment le pillage des ressources naturelles et la paupérisation des populations, l’absence d’un appareil d’Etat fonctionnel à tous les niveaux, les conflits identitaires et la logique d’exclusion de l’autre sur base de manipulations politiques, l’existence continue de groupes armés de tous genres. Ces causes n’ont pas pu être éliminées par un processus électoral organisé et financé par la Communauté Internationale. C’est pourquoi même à l’heure actuelle (mai 2007) le danger de conflits violents persiste. Néanmoins il est possible et plus nécessaire que jamais de continuer à soutenir le travail de paix et de développement comme cela a été fait depuis le début des guerres.

 AngelaAfin de faire avancer la paix dans les Pays des Grands Lacs et dans la Région des Grands Lacs il s’agit de renforcer de façon durable les forces et organismes civils étatiques et non étatiques aux niveaux local, régional et national. Cela est un travail de longue haleine qui doit être enraciné au niveau local. C’est une condition nécessaire pour mettre en pratique des initiatives de gestion non-violente des conflits et pour saisir les opportunités pour une paix durable.

En RDC il est particulièrement important d’analyser de façon continue les différents acteurs et facteurs dans et autour des conflits, afin de pouvoir – au vu des fluctuations fréquentes d’alliances et de rapports de forces – prendre des décisions stratégiques ensemble avec les partenaires locaux.

Il s’agit de prendre en compte les aspects politiques, mais aussi économiques et culturels :

·En ce qui concerne la bonne gouvernance, cela doit se faire d’en haut mais en même temps d’en bas, c’est-à-dire aux niveaux national et local. Dans un pays si immense et diversifié que la RDC avec une longue histoire de colonisation, dictature, guerres et guerres civiles, il est essentiel de renforcer et de mettre en réseau les initiatives de gouvernance locales. Cela ne s’applique pas seulement aux institutions étatiques mais est également vrai pour le renforcement d’initiatives non-étatiques. A côté des structures formelles « modernes », il s’agit de valoriser et de renforcer les initiatives « traditionnelles » et informelles de gestion et  d’organisation de la vie quotidienne communautaire qui ont permis la survie des populations en temps de guerre.

·La construction d'un Etat de droit, le fonctionnement et l'autonomie du système judiciaire; la vulgarisation et l'application des lois; le dialogue entre l'Etat et les citoyens; le paiement régulier des fonctionnaires; la sécurité de tous les citoyens et l'existence des services de base (santé, éducation, etc) doivent se mettre en place d’en haut et d’en bas.

·Pour la culture de paix et de citoyenneté, les églises et la société civile devraient jouer leur rôle et constituer un contre-pouvoir constructif. Elles devraient faciliter l'émergence des valeurs communes et permettre que les intérêts des communautés soient négociés dans un cadre équitable et stable.

·L'exploitation des ressources minières et autres est un facteur central pour l’avancement de la guerre ou de la paix. Depuis l’époque coloniale ces ressources sont contrôlées de façon opaque par des trafiquants et seigneurs de guerre congolais ensemble avec une diversité d’individus et de cartels étrangers.  Cela n’a foncièrement pas changé, même si un nouveau code minier est devenu loi et un gouvernement élu est au pouvoir. Le défi reste entier : comment ces ressources peuvent-elles être utilisées pour le bien-être des populations et pour la mise en place d’un Etat de droit et d’une administration efficace ? S’y ajoutent la protection et la valorisation de l’environnement naturel. Dans cette affaire, la responsabilité est partagée entre le gouvernement congolais, la Communauté Internationale, les entreprises privées et la société civile congolaise. Tous ces acteurs se doivent de faire des efforts pour casser le moule de l’économie de violence et de changer un pays riche avec des populations pauvres en un pays avec des populations aisées qui se relève et se prend en charge.

·Les populations congolaises ont prouvé depuis longtemps leur inventivité et leurs capacités de survie dans des situations impossibles. Mais le talon d’Achille consiste dans la diversité culturelle et ethnique, qui est utilisée encore et encore par divers politiciens avides de pouvoir pour diviser les populations et les affaiblir. Ces fragmentations se sont depuis enracinées non seulement à l’est du pays mais également dans d’autres régions dont le Katanga, le Kasai et le Bas Congo. Dès qu’un groupe ou une personne critique un politicien ou un entrepreneur on ramène le tout à l’origine ethnique des concernés et à la géopolitique. Tout est lu à travers les lunettes « ethnicistes » :  les autochtones contre les « non-originaires », le nord contre le sud, l’est contre l’ouest, les Congolais contre les soi-disant « étrangers » , etc. et vice versa. Cette dérive existe depuis longtemps, mais s’est aggravée ces dernières années. Dans une situation de paupérisation croissante de la plupart des gens elle est un obstacle sérieux à une paix durable qui persiste même après le succès des élections. Il est donc particulièrement important de soutenir et renforcer les réseaux des forces civiles qui se voient comme un contre-pouvoir constructif et luttent également contre les tendances de fragmentation dans la société.

Les problèmes du Congo, ainsi que les pistes de solution ne se situent pas seulement au niveau national, mais également au niveau sous-régional. C’est pourquoi le travail pour la paix doit être transfrontalier et doit prendre en compte et influencer de façon positive les liens régionaux. Cela signifie également que les différents acteurs de la coopération allemande dans la sous-région doivent développer des principes communs d’approche et d’action au lieu de reproduire – comme hélas trop souvent dans le passé – les conflits des Grands Lacs dans des débats germano-allemands (par exemple par rapport à l’analyse du rôle du Rwanda). Cela les a empêchés de faciliter chez leurs divers partenaires locaux une coopération plus fructueuse.

L’ouverture de la RDC vers l’extérieur et le renforcement de la coopération professionnelle au niveau de la sous-région peut être une base essentielle pour une paix durable et peut contribuer au développement et à la stabilisation d’une identité propre qui valorise les diversités dans l’unité.

 

 

 

   
 
 
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